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Le blues de l'artisan du web

Un oiseau dans le ciel — © Michael V.

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Le blues de l'artisan du web

·20 mins
Lifestyle Technologie IA
Michael “Themimitoof” V.
Auteur
Michael “Themimitoof” V.
Sommaire

« Vous êtes des PUTAINS d’artisans du web ! Vous maintenez un petit bout d’Internet, soyez-en fiers. » Voici ce qu’avait dit une fois Stephan, ancien PDG de Gandi lors d’une réunion générale devant toute la boite en 2019. Pour lui, peu importe que l’on était un dev, un ops, une personne de la compta, du légal ou encore du support, on contribuait tous à créer et maintenir un petit bout d’internet, indépendant et décentralisé. Mais avec l’arrivée de Montefiore puis de TWS/Your.Online, Gandi perd petit à petit son no bullshit et une partie de son âme pour se conformer aux exigences de ses investisseurs.

Quand je travaillais chez Gandi, j’étais un développeur API et back-end. D’abord en alternance puis en CDI. J’étais loin du métier du domaine, de l’hébergement Web ou encore de l’infrastructure mais mon rôle était très important. C’était loin de ce que j’aimais faire quand j’étais plus jeune où je pouvais passer des heures incalculables à monter des briques pour créer mon propre « hébergeur web ». J’y découvrais l’installation et la gestion de WHMCS, Blesta, OpenVZ, ISPConfig, VMWare, Proxmox, Observium et bien d’autres solutions opensource pour créer des machines virtuelles, de l’hébergement mutualisé et des serveurs de jeux/vocaux. J’avais une soif d’apprendre et de comprendre comment fonctionnait Internet afin d’y répondre à mes propres besoins personnels et contribuer à ma façon à Internet. Au fil des années, j’ai monté plusieurs itérations de homelab dont une version avec plusieurs serveurs à la maison et en location, un double lien Internet + un backup 4G, mon propre AS IPv6-only, 50 machines virtuelles et conteneurs, le tout orchestré avec Ansible, Netbox et un tas d’autres outils. Depuis chez moi j’avais littéralement un mini datacenter sur 23RU. Derrière tous ces termes techniques, j’avais grâce à cette infrastructure, mon petit bout d’Internet. J’ai découvert grâce à elle des personnes merveilleuses et talentueuses. Les collègues étaient curieux, d’autres m’apportaient réponses à mes questions. J’avais beau être un développeur qui maintenait plusieurs dizaines de microservices en Python, j’étais épanoui.

Baie informatique de mon homelab en 2020. On y voit des équipements réseaux, des câbles et des serveurs
La baie informatique de mon homelab en 2020. La première moitié était dédiée au réseau tandis que la seconde partie était dédiée à la puissance de calcul et au stockage.

Au fil des années, les mauvaises décisions, les départs consécutifs et certaines absurdités de l’exécutif font que ma flamme diminue. Le turnover explose et les anciens partent avec l’âme de Gandi. Je deviens de plus en plus en désaccord avec ce que devient ce petit bout d’internet et avec les personnes qui le possède. Les problèmes personnels s’ajoutent et la dépression me prend. Je deviens moins efficace. Les tâches prennent plus de temps a être accomplies. Mais j’ai une chance extraordinaire. Mon équipe, était connue pour être inséparable et soudée. C’est vrai. J’avais la meilleure équipe. Des amis, des gens avec qui on pouvait se confier, s’entraider, avec qui on a fait des barbecues, des soirées jeux ou encore fêté un anniversaire de mariage. Ils étaient et sont encore extraordinaires. Grâce à eux et grâce à certains projets dont j’ai eu à m’occuper, j’ai réussi à avoir de la force pour travailler et continuer à maintenir ce petit bout d’Internet.

Il y a des projets qui ont été de véritables défis : implémenter un serveur IdP et SP SAML 2.0, faire une refonte de l’implémentation WebAuthn pour préparer le terrain de Passkey, implémenter une passerelle SMS et d’autres passerelles avec des services externes ou encore mettre en place une toute nouvelle infrastructure d’intégration continue et de livraison continue (CI/CD) et l’amélioration continue de la developper experience avec un nouvel outil de gestion de projet, des bots, des outils de qualité de code et des outils internes comme Paco (s’il existe encore !). La liste de projets et de défis est très longue mais tous ces projets nécessitaient de se documenter, tester, confronter, faire un tour sur StackOverflow, Reddit, les tickets GitHub, lire des billets de blog d’autres ingénieurs et surtout, de se creuser les méninges pour trouver une solution technique.

L’arrivée d’une nouvelle technologie
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Fin 2022, quelques collègues commencent à s’intéresser à l’arrivée d’une nouvelle technologie nommée ChatGPT. Une IA avec laquelle on peut discuter de tout et de rien. Une IA où on peut lui poser des questions du quotidien comme des questions techniques. Tout le monde est d’avis pour dire que c’est pas ouf et qu’il faudra voir dans le temps comment évoluera la technologie. On est plus ou moins pendant/après la période Web3 et les NFT. Le scepticisme est assez élevé et il m’aura fallu 5 mois avant de créer mon compte et de poser ma première question à ChatGPT. Je n’avais aucun intérêt pour cette technologie car j’y voyais un gadget, quelque chose qui n’allait pas durer. Verdict de mes premières utilisations : il était lent et très souvent à côté de la plaque. Ses données étaient limitées à Septembre 2021 et son savoir était limité. Lui poser des questions sur un contexte actuel était tout bonnement impossible et même sur des connaissances générales, il hallucinait. C’est ainsi que je décide de le mettre au placard et de ne pas trop m’y intéresser. Les autres en parlent, j’écoute d’une sourde oreille.

Entre 2023 et 2024, la plupart des grands modèles de langages commerciaux commencent à scraper la toile en quête de nouvelles connaissances afin de devenir plus pertinents. Le revers de la médaille est une très forte augmentation du trafic des robots. Entre mi-2024 et 2025, certains robots ont été plus agressifs que d’autres au point de rendre certains sites et plateformes indisponibles par déni de service. Des contenus privés et des règles concernant les robots (robots.txt) sont siphonnés et non respectés. Des dizaines de milliers de requêtes par minute sont envoyées pour absorber Internet. Les sites tombent et la facture explose. Plusieurs sociétés, fondations et associations se retrouvent avec une facture qui atteint des sommets à cause des robots. Certains perdent de l’argent à cause de sites de e-commerce hors ligne, d’autres ne peuvent plus travailler car leur forge est en panne. Qui paye la facture et les dégâts ? Personne. C’est ainsi que certaines solutions Opensource comme Anubis ou commerciales (avec freemium) comme le bloqueur de scrapers et crawlers de Cloudflare ont fait leur apparition et leur pay per crawl. Pire, elles se retrouvent à détruire des millions d’ouvrages sous copyright ou de pirater ouvertement pour faire grossir leurs connaissances.

Maintenant que les modèles commencent à obtenir plus de savoir, l’arrivée de Gemini et GPT-4 vont peu à peu changer les choses. Les modèles obtiennent de premiers outils permettant d’obtenir des connaissances en temps réel sur Internet et sur les sites d’actualités. C’est super pour obtenir du contexte sur l’actualité ou obtenir une information que le modèle ne connaitrait pas encore. C’est aussi le moment où ils commencent à devenir un peu meilleurs et permettent de générer du code qui commence a fonctionner. GitHub Copilot commence à être de plus en plus adopté, plusieurs modèles sont désormais disponibles et des éditeurs de codes/IDE dédiés à l’IA commencent à voir le jour. On est aux débuts de l’ère agentique mais les MCP ne prendront vraiment qu’à partir de 2025. Si on était encore loin de pouvoir lancer tout un projet en un clic, il était quand même possible de générer beaucoup de code très rapidement. Personnellement, j’utilisais quelques modèles de façon très ponctuelle au travers de leur interface Web pour obtenir quelques lignes de codes soit par paresse soit quand je ne trouvais pas de réponse qui me satisfasse. Copilot était toujours à la ramasse, il a rapidement été mis sur le banc de touche.

Illustration d’un chat avec ChatGPT. L’illustration prend l’exemple d’une personne demandant un conseil médical à l’intelligence artificielle
Illustration d’un chat avec ChatGPT.

Si la création et la diffusion de fake news et d’actualités conspirationnistes n’ont pas attendu les grands modèles de langages, l’arrivée de ces fameux modèles ont permis à des individus, des agences privés (et étatiques) d’inonder la toile, nos journaux et les réseaux sociaux de ces fausses actualités rendant le monde plus anxiogène. Les modèles multimodaux ont permis de générer pour peu cher des faux visuels, audios et textuels permettant ainsi d’influencer les opinions publiques, les marchés financiers et bien d’autres aspects. Certains Hommes politiques en ont fait de l’IA générative leur cyberarme préférée. D’autres criminels et organisations peu scrupuleuses en ont profité pour rendre les arnaques par téléphone et par email encore plus crédibles, encore plus puissantes et plus insistantes. Certains profitent même d’un simple « allo » pour cloner votre voix et faire de l’hameçonnage par téléphone.

2025 devient une année charnière pour l’IA générative. Les modèles deviennent vraiment bons. Claude Code sort et devient une pépite dans la génération de code. Rapidement, il devient très largement adopté et lorsque les MCPs arrivent, ils rendent les outils de génération de code encore plus puissants. En mai 2025, juste après mon départ de Gandi et mon arrivée dans mon nouveau travail, j’entends beaucoup de bien de cette nouvelle technologie et je me dis qu’il serait intéressant d’en faire l’essai pour quelques projets personnels à l’état d’idée et dont je n’ai jamais pu avancer dessus. Je décide sans trop de difficultés à payer 18€ à Anthropic pour avoir accès à Claude Code. Pour certains projets, Claude s’en est occupé d’une main de maître. Des petits outils de moins de 200 lignes de code qui m’ont permis de gagner des heures et les attribuer à d’autres aspects de ma vie. Toutefois, sur les projets auxquels j’avais pensé utiliser mon abonnement, je ne m’en sers finalement pas. Les projets étaient parfois trop complexes ou alors l’IA allait dans des directions qui ne me plaisaient pas. Mes projets n’avancent pas et se retrouvent au même état qu’avant.

Aujourd’hui, des entreprises fonctionnent entièrement avec de l’IA. Des startups comme des géants de la tech ont décidé de pousser l’IA à des niveaux jamais vus. Certaines licencient au profit de l’IA, certaines se retrouvent avec plus de code généré par IA que par des humains et d’autres se retrouvent avec des incidents causant des pannes généralisées d’Internet. GitHub, la plus grosse plateforme d’hébergement de code au monde, se retrouve avec de graves problèmes de disponibilité et l’impossibilité de naviguer sur le site sans la moindre erreur. Certains gros projets open source décident de quitter le navire pour héberger leur propre forge ou d’utiliser des alternatives comme Codeberg. Un business peut prendre vie en l’espace de quelques heures, jours, semaines grâce à l’IA. Certaines disparaissent ou presque, car les propriétaires ont trop fait confiance aux IA génératives au point qu’elles détruisent des bouts de leur infrastructure. Des projets font leur apparition tous les jours sur Hacker News, Reddit et Product Hunt et d’autres disparaissent du jour au lendemain.

Puis est arrivé Moltbot/Clawdbot/OpenClaw (et d’autres). Cet outil a permis d’interagir avec un grand modèle de langage et son ordinateur personnel au travers d’une interface du quotidien : sa messagerie instantanée favorite (WhatsApp, Signal, Telegram…). OpenClaw a permis au travers de skills malicieux d’exfiltrer des données personnelles et professionnels et de foutre le bordel sur Internet. Les agents obtiennent leur propre réseau social et d’autres décident de créer un blog pour harceler un des mainteneurs de Matplotlib (l’article vaut le détour). Certains utilisent même OpenClaw pour améliorer leurs bots de spam. Des amis en font les frais sur certains services qu’ils hébergent gratuitement.

L’IA générative cause également d’autres problèmes. Si son aide est la bienvenue pour rendre ce monde plus sûr et détecter des failles de sécurités, elle est par ailleurs devenue un outil de nuisance intense qui met en péril la sécurité du monde numérique qui nous entoure. Les fondations de notre monde numérique fonctionnent majoritairement avec Linux qui a été touché par plusieurs failles dernièrement. Pour en citer quelques-unes : Copy Fail, Dirty Frag, Fragnesia ou encore ssh-keysign-pwn. Le serveur Web qui fait fonctionner 35% de l’Internet visible a lui aussi été touché par une faille vieille de 18 ans : NGINX Rift. Si certaines failles se sont vues suivre le processus de divulgation responsable et coordonnée (responsive disclosure en anglais), certaines n’ont pas pu tenir leur embargo jusqu’au bout. C’est ce qu’il s’est passé avec certaines failles où des entités et individus externes à ceux ayant trouvé les failles ont analysé les correctifs pour produire des exploits et des documents marketing afin de s’en attribuer les mérites. D’autres préfèrent divulguer publiquement une faille avant même de produire et livrer un correctif. On arrive alors dans une course à l’ego. Cette nuisance a rendu la liste de diffusion de sécurité du noyau Linux in maintenable tout comme obligé Linus Torvalds, le créateur et patron du noyau Linux est intervenu concernant les demandes de fusions de code inutiles.

Enfin, L’IA générative a été adoptée par (presque) tout le monde. Cela a obligé aux entreprises du secteur de s’équiper pour augmenter l’offre, supporter la demande et siphonner les stocks, remplir les carnets de commandes des différents fabricants de semi-conducteurs, créant de nouvelles pénuries sur la mémoire et le stockage. Certains composants se retrouvent à faire un bond tarifaire jusqu’à 600-700%, les particuliers et les entreprises se retrouvent en difficulté pour acheter du nouveau matériel sans exploser le budget. Les cloud providers comme OVH, Scaleway ou encore Hetzner augmentent l’addition. Micro enterre sa marque grand public Crucial au nom du capitalisme, aux dépens des consommateurs, Framework ce retrouve à augmenter les prix de leurs machines après avoir critiqué Apple, la fondation Raspberry Pi ce retrouve à sortir des Raspberry Pi avec 1 et 3Go de RAM en plus des augmentations de prix. Et par la même occasion, les Mac Mini ont également été pris d’assaut pour installer OpenClaw dessus car la machine est peu onéreuse et très économique. La course à la construction de nouveaux centres de données (datacenters) est lancé. En France, suite au sommet « Choose France », 93 milliards d’euros dont au moins 45 milliards sont avancés par le conglomérat Softbank pour investir dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Dans un long rapport de l’Agence internationale de l’énergie (IEA), elle projette une consommation électrique de 1000 TWh d’énergie d’ici à 2030 soit l’équivalent de la consommation totale d’un pays comme l’Allemagne ou le Japon. À Ashburn, en Virginie aux États-Unis où on y trouve le cœur d’Internet avec plus de datacenters que d’habitants au m². Des fluctuations d’énergies peuvent se faire sentir et chaque année, le coût de l’énergie explose pour les résidents. Elon Musk lui a par exemple décidé de déployer illégalement des turbines à gaz pour alimenter les datacenters de xAI pour son modèle Grok. L’usage en eau n’est pas forcément meilleure. L’eau est utilisée dans les circuits de refroidissement des datacenters et pour certains comme liquide de refroidissement. D’ici à 2030, l’IEA projette une consommation de 9,3 milliards de m3 d’eau soit la consommation annuelle de l’Inde ou du continent Africain.

La machine me remplace
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Lorsque je suis arrivé à mon poste actuel en tant que développeur Backend et ingénieur Infrastructure & Platform, Claude Code était en train d’arriver. Certains utilisaient Cursor, GitHub Copilot, d’autres utilisaient simplement ChatGPT dans leur navigateur voir n’utilisaient pas ou presque pas de grands modèles de langages. Étant donné qu’il y avait déjà une culture de l’IA dans la société, lorsque j’ai pris mon abonnement Claude, je n’ai pas hésité à l’utiliser pour m’aider à comprendre certaines logiques métier un peu sombres et mal documentées. Les collègues commencent à leur tour à utiliser Claude au point où la société commence payer des sièges Claude Code.

Au fil du temps, on commence à se partager des astuces, des outils, des MCP puis des skills. On commence à expérimenter la création de skills adaptés à nos besoins puis on développe des preuves de concepts (PoC) de MCP pour s’interfacer avec nos services internes. Ils n’ont aucune vocation à devenir publiques, ils sont justes là pour démontrer que l’on peut le faire. Les structures de projets ou de début de fonctionnalités sont générés avec Claude, puis les tests unitaires sont générés jusqu’à ce que certaines fonctionnalités commencent également à être conçues avec Claude.

C’est l’ère agentique. Quand certains se battent contre l’IA, L’économie et le monde du travail est entièrement transformé. Développeurs, ingénieurs, journalistes, comptables, ouvriers, étudiants, tout le monde s’y met et délègue des tâches, des calculs, leurs pensées, leurs secrets à une IA. Mon métier d’ingénieur se transforme peu à peu en métier de superviseur, de testeur QA. Je suis pris par cette spirale infernale où nous devons produire plus pour délivrer plus vite. Un monde auquel nous n’avons plus la patience d’attendre, où la consommation est instantanée. Déléguer est devenu simple. Un simple chat avec une IA et on obtient un résultat. Je déteste cette nouvelle façon de travailler que la Société, dans son ensemble, nous impose. On nous promet d’aller plus vite, de gagner du temps pour l’allouer à ce qui est le plus important pour nous : la famille, les amis, nos plaisirs. Mais gagnons-nous vraiment du temps ? Oui et non. Lors du sondage annuel de Stackoverflow pour l’année 2025, 84% des répondants ont indiqué utiliser une IA dont 47% quotidiennement et globalement, les développeurs n’ont pas confiance aux résultats et indiquent que le code généré par IA prend plus de temps à déboguer.

Statistiques de Stackoverflow sur l’usage de l’IA
Statistiques de Stackoverflow sur l’usage de l’IA — StackOverflow 2026

Quant aux questions du coût, c’est très opaque. Aujourd’hui, on nous vend un produit d’appel à un prix très bas. Mais que sera-t-il d’ici à quelques années ? La machine sera-t-elle moins chère que l’humain ? Firethering rapporte que les géants de la tech se retrouvent dans la position où l’IA coûte beaucoup plus cher que l’humain. NVIDIA indique même que le coût de calcul pour le fabricant de GPU dépasse le coût humain à l’échelle de la société. Uber eux ont consommé leur budget 2026 en seulement quatre mois. Et pendant que certains font des maths comme Meta, Amazon sont dans une politique « tokenmaxx », consommez autant de tokens que possible.

Mais que va-t-il se passer dans quelques années ? Quand l’IA sera quasiment la seule à générer du code. Quand Stackoverflow disparaitra. Arriverons-nous à un plateau technique ? Que deviendra le savoir si votre cerveau prend le raccourci de demander à une IA pour la moindre petite question ? Ce ne sera pas en remplissant votre PKM (Personal Knowledge Management, outil de Gestion des Connaissances Personnelles) automatiquement avec un grand modèle de langage que vous allez obtenir de la connaissance. C’est en l’écrivant vous-même. Que deviendra le Web et les moteurs de recherche si la seule interface devient votre smartphone et un chat ? Irez-vous la croire quand celle-ci est capable de vous mentir ou de vous sortir des résultats complotistes ? Comment lancer votre blog ou votre business si personne ne peut le trouver ?

Reprendre la main
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Vous le saviez ? En utilisant quotidiennement une IA, votre cerveau s’atrophie et augmente encore un peu plus votre amnésie numérique. Chaque réponse, chaque résultat génère une explosion de dopamine dans votre cerveau. Et oui. C’est le retour de cette douce hormone du plaisir, celle que bien d’autres applications du quotidien exploitent. Mais il n’est pas encore trop tard pour agir.

Début 2026, Micode publie sur sa chaîne YouTube un documentaire nommé « La fabrique à idiots » (je vous recommande fortement de le regarder). Il évoque notamment une expérience avec Antoine, un employé de la Micorp. Antoine était un développeur autodidacte et grâce à l’IA, il pouvait se permettre de prendre des projets de plus en plus ambitieux. Résultat, il s’est retrouvé bloqué sur un projet et au moment de demander de l’aide, Michaël se rend compte qu’Antoine ne maitrise pas le projet. Ce qu’ils ont fait, c’est un sevrage complet pour Antoine. Pendant trois mois, il n’avait plus accès à aucun LLM. Le résultat est le même que celui que je vis aujourd’hui.

Vous vous souvenez quand j’avais pris mon abonnement Claude pour avancer sur un projet personnel ? Et bien je n’ai jamais obtenu de résultats potables pour ce projet avec une IA. Quand je me suis très fortement questionné sur mon travail et le sens d’être un développeur, j’ai décidé de commencer ce projet sans l’aide de l’IA. Elle m’a servi deux fois pour mettre en lumière des algorithmes mathématiques dont je ne suis pas familier (Radix Tree, Trie, FST). Le code provient de mes neurones et de mes doigts qui tapent sur mon clavier. La connaissance provient des documentations que je lis, de Stackoverflow, de mes propres connaissances. Je fais travailler mon cerveau et j’y prends énormément de plaisir. Parce que je conçois un logiciel pour une cause qui me tient à coeur mais aussi parce que je retrouve le plaisir et la sensation que j’avais de développer, de faire ce métier. La soif d’apprendre et de coder que j’avais plus jeune revient. Cette dopamine que je ressens à chaque étape où le projet avance est une véritable gratification. Elle donne du sens quand on se questionne. Antoine de la Micorp a ressenti la même chose.

Un espace de travail avec un écran affichant du code
Mon espace de travail.

Écrire cet article à la main, faire travailler mon cerveau, mes souvenirs, sans que ce soit une IA qui rédige ce corpus, c’est ce qui donne du sens à quelque chose que l’on aime faire et qui nous passionne. Quand une connaissance devenue consultante en IA dit dans une story avoir croisé un ancien camarade de classe journaliste au chômage à cause de l’IA et dire que c’est de sa faute s’il n’a pas pris le train de l’IA au bon moment, je ne suis pas d’accord. Quand on devient journaliste, on aime la lettre, l’écriture, partager l’information. Les journalistes utilisent l’IA. Elle permet de faire gagner du temps, de résumer un discours, un rapport, d’aider à rédiger un article plus rapidement mais les exécutifs demandent encore plus d’articles, des articles toujours plus virulents, plus impactants, se démarquer de la concurrence et de l’océan des fake news. Alors non, tu ne peux pas remettre la faute sur les personnes de ne pas prendre le virage de l’IA à temps. Certains le font mais la société change trop vite.

Comme toute technologie, ce n’est pas L’IA qui est mauvaise. C’est la façon de comment on la construit, l’alimente, son usage déraisonnable, frénétique et systématique qui la rend toxique. L’utiliser dans un contexte professionnel peut être bénéfique et faire gagner du temps. Mais il faut en garder le contrôle et avoir la connaissance. L’utiliser frénétiquement, remplacer l’humain par la machine ou encore inclure l’IA dans tout les recoins de la feuille de route d’une entreprise est une aberration. L’utiliser au quotidien mérite une meilleure réflexion. Faire appel à l’IA est-il plus pertinent que de lire des informations sur Internet, dans des livres ou en faisant appel à des personnes compétentes ? Est-ce que je vais transformer cette information en connaissance, la confronter à d’autres sources, faire mon propre avis, avoir mon propre libre-arbitre. Dois-je consulter un médecin, un psychologue ou ChatGPT ? Dois-je arrêter d’utiliser une IA ou me questionner sur la meilleure façon de l’utiliser ? Ma question et ma soif d’obtenir une réponse immédiatement vaut-elle des litres d’eau et plusieurs milliers de watts d’énergie ? Le capitalisme, la reconnaissance, le crime vaut-elle plus que notre planète ? Souhaitez-vous qu’Internet disparaisse aux dépens d’un simple outil de chat ? Que voulez-vous laisser aux générations futures ?

Avec des amis et d’anciens collègues, on rigole parfois sur le fait d’aller élever des brebis dans le cantal, devenir charpentier ou boulanger. Certaines connaissances le font pour une vie plus simple, plus centrée sur l’essentiel, sur la famille, sur ce qui fait la vie et se sentir plus vivant, plus utile. Il faut reprendre le contrôle au même titre que la consommation des réseaux sociaux, de nos usages numériques au quotidien. Si vous croyez encore en l’humanité, alors, levez les yeux, le monde à la réponse à vos questions.


J’ai rédigé cet essai pendant mon arrêt maladie lorsque j’étais épuisé mentalement et physiquement par plusieurs facteurs. C’est également une période où je me questionne beaucoup sur l’avenir de mon métier avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Cet essai est comme une thérapie et m’a permis de mettre des mots, clairs que je puisse partager à tous ceux qui ne me comprennent pas forcément quand j’essaye d’exprimer mon ressenti envers cette nouvelle technologie. Certains ne seront pas d’accord, certains me verront probablement d’un autre œil. Ce qui m’importe avant tout aujourd’hui, c’est de trouver ce qui m’apporte un équilibre, la joie de vivre et de faire ce qui me semble juste. Internet est un lieu magnifique pour s’exprimer. Ne le tuons pas ainsi que notre planète avec un mauvais usage de la technologie.